Après le traité de la Tafna conclu avec l’Emir Abdelkader le 30 Mai 1837 Léon Roche devient son secrétaire et son homme de confiance .Il le marie avec une musulmane. Mais quand en octobre 1839 la guerre reprend avec la France, il quitte l’Emir Abdelkader et part pour Oran avec son fidèle compagnon Isidore Dordelleau, puis arrive à Alger.
De Novembre 1839 au 14 février 1846, il sera au service du Général Bugeaud et de la France.
A propos du traité de la Tafna Léon Roche écrit à l'un de ses amis:
Camp d’Ouennogha, 19 décembre 1837.
Mon cher ami,
…...l'Emir Abdelkader se garde bien de communiquer aux Arabes la teneur entière du traité ; il porte seulement à leur connaissance les articles favorables à l’exécution de ses desseins. Du reste, ce traité, ainsi qu’il a soin d’en faire répandre le bruit, ne peut être, suivant l’esprit du Coran, qu’une trêve conclue avec les infidèles, afin de mieux se préparer à recommencer el djihâd, la guerre sainte.
Cette politique, je le répète, renverse toutes mes idées.
Au lieu d’une paix franchement conclue, pendant laquelle j’espérais coopérer avec un chef éclairé à la civilisation des Arabes, j’entrevois un armistice qui sera funeste à la France.
Oh ! Si l’on avait bien réfléchi que les Arabes de l’Algérie sont encore les Numides qui combattaient les Romains il y a deux mille ans, et qu’AbdelKader est un Jugurtha qui, à la haine du chef numide, contre les oppresseurs de son pays, joint le fanatisme musulman.
Si on avait lu avec attention les traités si clairs et si laconiques que dictaient les Romains aux peuples barbares qu’ils avaient vaincus, nous n’aurions pas rempli deux longues pages d’un mauvais arabe que l’habileté d’un des contractants devait interpréter aux dépens de l’autre.
Puissions-nous ne pas avoir trop à nous repentir de notre générosité et d’une confiance trop légèrement accordée !
Je suis triste, et j’enrage d’entendre tenir des propos atroces contre les Français, propos dont la prudence la plus élémentaire, me défend pourtant de paraître offensé.
Les plus lâches et ceux : qui désirent peut-être le plus ardemment la paix sont ceux qui vocifèrent davantage contre les. Oppresseurs infidèles. Je me rappelle même parmi ces derniers en avoir vu plusieurs ramper bassement aux pieds. Des autorités françaises à Alger.
Je ne désespère pourtant pas, je te le répète, et je reprends courage et confiance en regardant la belle tête de l’Emir; je conserve la douce pensée qu’une si belle enveloppe doit contenir une belle âme ; or, une belle âme reculera devant la rupture d’un traité, car ce serait un acte de mauvaise foi.
On vient de m’annoncer l’arrivée du consul de l’émir à Alger, suivi d’une escorte de négociants français. Comme ce consul est le représentant de la nation américaine, le bruit court que le sultan va contracter une alliance avec les États-Unis. Ils sont accompagnés du fameux juif Ben DuRan (Ben Durand).
Les Arabes disent, de ce dernier : « Les Français, séduits par les paroles du Juif, l’ont choisi pour intermédiaire entre eux et le sultan, afin de mieux tromper ce dernier ; mais le Juif, que Dieu le maudisse, les trompera tous les deux. »
Je serais dans une fausse position en me rencontrant avec ces Français que je connais tous, et auxquels il serait dangereux pour moi de faire l’accueil que me dicterait mon coeur. Je m’éloigne donc aujourd’hui du camp ; je profite d’une visite que vont faire mes compagnons de route (les marabouts de Koléa) au marabout de Guerrouma pour aller visiter la belle tribu des Beni-Djâad et les admirables vallons qui se trouvent resserrés entre le mont Djurjura et les pics qui l’avoisinent. J’ai entendu dire hier au Khalifa de Miliana que l’émir va terminer sa campagne. Par une expédition contre les Goulouglis de Oued-Zeitoum qui n’ont pas encore payé l’impôt et qui sembleraient se préparer à défendre l’accès de leurs montagnes Comme on se battra probablement, nous serons de retour la veille du jour où le sultan établira son camp sur le territoire de cette tribu.
Je ne ferai, partir cette lettre qu’après le combat, si les Zouetna résistent.
Adieu.
Le Traité de la Tafna entre l'Emir Abdelkader et le Général BUGEAUD
Article 1 :
L'Emir Abdelkader reconnaît la souveraineté de la France en Afrique.
Article 2 :
La France se réserve, dans la province d'Oran : Mostaganem, Mazagran, Arzew, plus un territoire ainsi délimité : A l'Est, par la rivière de la Macta et le marais d'où elle sort; au Sud,
Une ligne partant du marais ci-dessus mentionné, passant par le sud du lac Sebkha et se prolongeant jusqu'à l'oued el Malah (Rio Salado) dans la direction de Sidi Saïd et de cette rivière jusqu'à la mer, de manière à ce que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.
Dans la province d'Alger, Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja, bornée à l'Est jusqu'à l'oued el-Khadra; au Sud, par la première crête de la première chaîne Petit Atlas jusqu'à la Chiffra en y comprenant Blida et son territoire; à l'Ouest par la Chiffa jusqu'au coude du Mazagran et de là par une ligne droite jusqu'à la mer, renfermant Koléa et son territoire, de manière à ce que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.
Article 3 :
L'Emir administrera la province d'Oran, celle du Titteri et la partie de celle d'Alger qui n'est pas comprise dans les limites indiquées dans l'article 2. Il ne pourra pénétrer dans aucune autre partie de la régence.
Article 4 :
L'Emir n'aura aucune autorité sur les Musulmans qui voudront habiter le territoire réservé à la France, mais ceux-ci resteront libres d'aller vivre sur le territoire dont l'Emir a l'administration, comme les habitants du territoire de l'Emir pourront venir s'établir sur le territoire français.
Article 5 :
Les Arabes habitant sur le territoire français exerceront librement leur religion. Ils pourront y bâtir des mosquées et suivront en tout point leur discipline religieuse sous l'autorité de leurs chefs spirituels.
Article 6 :
L'Emir donnera à l'armée française : Trente mille faneks de froment, trente mille faneks d'orge; cinq mille boeufs.
La livraison de ces denrées se fera à Oran par tiers; la première aura lieu du 1erau 15 septembre 1837 et les deux autres de deux mois en deux mois.
Article 7 :
L'Emir achètera en France la poudre, le soufre et les armes dont il aura besoin.
Article 8 :
Les Kouloughlis qui voudront rester à Tlemcen ou ailleurs y possèderont librement leurs propriétés et y seront traités comme les hadhars. Ceux qui voudront se retirer sur le territoire français pourront vendre ou affermer librement leurs propriétés.
Article 9 :
La France cède à l'Emir Rachgoun, Tlemcen, le Méchouar et les canons qui étaient anciennement situés dans cette dernière citadelle.
L'Emir s'oblige à faire transporter à Oran tous les effets ainsi que les munitions de guerre et de bouche de la garnison de Tlemcen.
Article 10 :
Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français qui pourront s'établir réciproquement sur l'un ou l'autre territoire.
Article 11 :
Les Français seront respectés chez les Arabes comme les Arabes chez les Français.
Les fermes et propriétés que les sujets français auront acquises ou acquerront sur le territoire arabe leur seront garanties. Ils en jouiront librement et l'Emir s'oblige à leur rembourser les dommages que les Arabes leur feraient éprouver.
Article 12 :
Les criminels des deux territoires leur seront respectivement rendus.
Article 13 :
L'Emir s'engage à ne concéder aucun point du littoral à une puissance quelconque sans l'autorisation de la France.
Article 14 :
Le commerce de la Régence ne passera que par les ports occupés par la France.
Article 15 :
La France pourra entretenir des agents auprès de l'Emir et dans les villes soumises à son administration pour servir d'intermédiaire près de lui aux sujets français pour les contestations commerciales ou autres, qu'ils pourraient avoir avec les Arabes.
L'Emir jouira de la même faculté dans les villes et ports français.
Rachgoun,
Le 30 mai 1837
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beau faire croître l'effort, varier les méthodes, il n'en ré
sulte jamais qu'une évidence qui est l'impossibilité de séparer l'observateur de la chose observée et l'histoire de l'historien. 