Lundi 21 Mai 2007


Lorsque le général LAMORCIERE avait été appelé au ministère de la guerre, L’Emir Abdelkader lui écrit le 9 Juillet 1848(7 chaabane 1264) pour lui rappeler que les ministres qui l’avaient précédé avaient pu ignorer les détails de la capitulation et des engagements pris :
Il ajoute : « La plupart ne comprennent pas ma situation, et prétendant que je suis venu aux Français par Force et par contrainte ; ils ajoutent que c’est toi qui te mettant à ma poursuite, m’a réduit aux abois. Il convient que tu leur fasses connaître la vérité, que tu leur dises que si tu n’étais arrivé avec tes promesses, je ne serai pas venu à toi.
Que tu étais éloigné de moi, lorsque les pourparlers avaient lieu entre toi et moi ; que la distance qui nous séparait était au moins dix heures de marche ; que les pourparlers ont duré quarante heures ; que le chemin du sud m’étai ouvert, ainsi que celui qui m’aurait conduit chez les berbères ; que j’avais la faculté d’aller ou il me plairait.


 

Ce n’est que le 16 octobre 1852, que le commandant Boissonnet reçut l’ordre de faire préparer secrètement des voitures à la gare d’Amboise pour conduire au château, qui en est éloigné d’environ 3 kilomètres, le prince Louis napoléon et quelque uns des personnages qui l’avaient accompagné dans le voyage à Bordeaux.
L’Emir Abdelkader devait ignorer complètement que l’intention du prince fût de venir le visiter. Cet ordre pouvait prêter à toutes les suppositions, mais du moins était-il certain qu’en admettant celle qui était la moins favorable, la visite du prince serait suivie d’une amélioration dans la condition faite à l’Emir Abdelkader. Après avoir entretenu pendant quelques instants, M. le commandant Boissonnet à la descente de son wagon, le prince monta en voiture, et, en prenant une feuille de papier et un crayon, il se mit à écrire rapidement pendant quelques minutes. Le sort de l’Emir Abdelkader venait d’être décidé ; mais dans quel sens ? Personne ne le savait encore .En arrivant au château, le prince suivi de M.le général Saint-Arnaud, de MM. Fould, Baroche, du général Roguet, du colonel Fleury et de plusieurs autres officiers, se fit conduire à la grande pièce qui servait de salle de réception et donna l’ordre au commandant Boissonnet de lui présenter L’Emir Abdelkader. 
Quelque énergie qu’on lui suppose, le cœur du prisonnier dut battre avec violence à la nouvelle qu’il allait se trouver en présence de l’homme qui disposait de son sort.
Voici les lignes que le Prince avait écrites dans le trajet de la gare d’Amboise au Château :
ABD EL KADER
« Je suis venu vous annoncer votre mise en liberté .Vous serez conduit à Brousse, dans les états du Sultan, dés que les préparatifs nécessaires français seront faits et vous recevrez du gouvernement un traitement digne de votre ancien rang ( Un subside annuel de 100 000 fr.).
Depuis longtemps, vous le savez votre captivité me causait une peine véritable, car elle me rappelait sans cesse que le gouvernement qui m’a précédé n’avait pas tenu les engagements pris envers un ennemi malheureux.
Rien à mes yeux de plus humiliant pour le gouvernement d’une grande nation, que de méconnaître sa force au point de manquer sa promesse .La générosité est toujours la meilleure conseillère, et je suis convaincu que votre séjour en Turquie ne nuira pas à la tranquillité de nos possessions d’Afrique.
Votre Religion, comme la notre, apprend à se soumettre aux décrets de la providence .Or, si la France est maîtresse de l’Algérie, c’est que Dieu l’a voulu et la nation ne renoncera jamais à cette conquête.
Vous avez été l’ennemi de la France, mais je n’en rends pas moins justice à votre courage, à votre caractère à votre résignation dans le malheur ; c’est pourquoi je tiens honneur de faire cesser votre captivité, ayant pleine foi dans votre parole ».
L’Emir Abdelkader baisa la main du Prince et lui exprima en quelques mots sa vive reconnaissance, il ne fait aucun serment, il pria seulement son altesse de vouloir bien permettre à sa vieille mère Zohra et à ses enfants de lui apporter le tribut de leurs actions de grâces. Lorsque le Prince sortit du salon, il trouva les derniers compagnons de l’Emir Abdelkader rangés dans le vestibule. L’Emir en allant chercher sa mère, avait eu le temps d’annoncer aux siens l’heureuse nouvelle, et tous étaient accourus pour acclamer et bénir le sultan libérateur.
Le premier acte de l’Emir Abdelkader, après le départ du Prince Louis Napoléon, fut de réunir les siens dans l’oratoire et d’appeler les bénédictions de Dieu sur celui qui allait être empereur. Ce devoir ²accompli, L’Emir Abdelkader remonta dans son appartement, et sous l’impression d’un bonheur qui, en un instant, il lui avait fait oublier cinq années de captivité, il adressa au prince, en route pour rentre dans sa capitale, la pièce de vers et dont la dernière partie quoiqu ‘elle perde beaucoup à la traduction, respire l’enthousiasme lyrique .
Le 2 décembre 1852, au moment où l’empereur faisait son entrée solennelle dans le palais des Tuileries, L’Emir Abdelkader était au bas de l’escalier d’honneur avec les grands fonctionnaires de l’Etat, pour saluer Napoléon III. L’Empereur, apercevant L’Emir Abdelkader se dirigea vers lui pour lui serre affectueusement la main :
« Vous le voyez lui dit il, votre vote m’a porté bonheur. »
Le 11 Décembre, L’Emir Abdelkader partit définitivement du Château d’Amboise pour Marseille ou il s’embarquait le 21 du même mois pour Constantinople, cinq ans moins deux jours après s’être remis entre les mains des Français.

publié par B.SLAOUTI dans: HISTOIRE

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